Qutb al-Din Shirazi
Alors qu’au 13e siècle chrétien, l’Europe commence à peine à rattraper son retard sur les mondes musulmans et chinois dans le genre des sciences « physiques », la Perse connaît l’une de ses figures les plus brillantes en la matière, avec Quṭb al-Dīn al-Shīrāzī.
Né en 634H (1236G), Il commence ses études, comme beaucoup à l’époque, sous la direction de son père, un médecin apprécié, avant de s’en aller vers d’autres professeurs en vue de se perfectionner dans les genres de la médecine, de la philosophie et des sciences naturelles. C’est ainsi, après avoir étudié le Canon d’Avicenne, qu’il rencontre Naṣīr al-Dīn al-Ṭūsī, le célèbre érudit – chiite – derrière, entre autres, la réforme de l’astronomie ptolémaïque.
Si le chiisme, qui a littéralement dominé le Moyen-Orient pendant deux siècles par le biais de dynasties puissantes, n’a plus de sultans pour redorer ses lettres, il a encore de nombreux savants pour le défendre. Sunnite (et soufi,) Quṭb al-Dīn al-Shīrāzī bénéficie ainsi des lumières de son enseignant avant d’intégrer le célèbre observatoire de Marāgha, plus grand centre astronomique d’époque. D’abord un médecin, Quṭb al-Dīn devient astronome et un auteur en la matière.
À l’époque, passer d’un domaine à un autre était courant ; le savoir était holistique et tout relevait du ʿilm, et d’une quête ordonnée vers la vérité. Étudier l’astronomie, le fiqh ou la grammaire revenait à explorer différents niveaux d’une même réalité. La distinction entre science profane et science religieuse se fera plus tard, en chrétienté, ainsi de la sur-spécialisation. Auteur du Nihāyat al-idrāk fī dirāyat al-aflāk en astronomie, il écrira encore Miftāḥ al-miftāḥ, et l’Ikhtiyārāt al-Muẓaffariyya, le 1er, sur la théorie du discours, le 2nd, sur les élections astrales (ikhtiyārāt).
En parallèle, les Mongols viennent de dévaster l’Irak, de massacrer près d’1 million d’âmes à Bagdad en 656H (1258G) et de mettre fin au Califat abbasside ; Quṭb al-Dīn al-Shīrāzī échappé alors à la violence de ces cavaliers des steppes en voyageant dans tout le Khorassan. Il pose même le pied dans l’actuelle Turquie, à Konya, où il fait la rencontre du plus poète de l’ère islamique, Rūmī.
Après les corps des Hommes et les astres, voilà que Quṭb al-Dīn al-Shīrāzī se tourne vers les arc-en-ciel. En s’appuyant sur les travaux d’Ibn al-Haytham, le père de l’optique, il pose la première explication scientifique – et juste – du phénomène de l’arc-en-ciel. Devenu un savant de premier plan, il est ainsi choisi par l’Ilkhanide Aḥmad Takūdār en 681H (1282G), pour jouer les émissaires auprès de Sayf al-Dīn Qalāwūn, le sultan mamelouk d’Égypte.
Premier des Mongols à se convertir à l’islam, Aḥmad Takūdār tente par là un rapprochement avec l’Ouest musulman contre qui ses prédécesseurs étaient en guerre. Une démarche critiquée quelques années plus tard par Ibn Taymiyya, qui n’a que 19 ans à ce moment et enseigne le Qurʾān à la Grande Mosquée de Damas. Les deux hommes évoluent dans un même espace, mais ne se rencontrent pas.
Féru du Canon d’Avicenne, il en réalise en parallèle un commentaire avant de l’enseigner en Syrie. Puis, pris par l’âge, il se rend ensuite à Tabriz, en Perse, où il fini par laisser la vie, en 710H (1311G). Depuis observé comme l’un des architectes de la réforme astronomique islamique, Quṭb al-Dīn al-Shīrāzī a été l’un des derniers grands médiateurs entre philosophie, sciences naturelles et mathématiques, à une époque où le monde de l’Islam entame son difficile et lent crépuscule….
Par Renaud K.