Ibn al-Qayyim

Ibn al-Qayyim, de son nom complet Muḥammad ibn Abī Bakr ibn Ayyūb ibn Saʿd al-Zurʿī, est né en 691H (1292G) à Damas au sein d’une famille de lettrés. Son père, alors le directeur de la célèbre école al-Jawziyya, sera son premier professeur. Doué d’une excellente mémoire, il consacre sa jeunesse à l’étude du Qurʾān, de la langue arabe, du ḥadīth, du fiqh, des fondements du droit, mais aussi des sciences du cœur et du comportement (tazkiyat al-nafs).

C’est autour de l’an 712H (1312G) que sa vie prend le tournant qui le fera entrer dans la légende. Ibn al-Qayyim a 20 ans quand il fait en effet la rencontre du très célèbre Ibn Taymiyya. Le savant hanbalite est à ce moment déjà connu de tout un monde et ses cours sont suivis par des centaines d’étudiants. Mais de tous, Ibn al-Qayyim se démarque rapidement, et il devient très vite l’élève le plus fidèle et apprécié d’Ibn Taymiyya.

Profondément influencé par l’esprit de réforme de son maître, il milite aussitôt pour un retour aux textes révélés sans faire l’usage des méthodes de spéculations théologiques en cours à son époque. Ibn al-Qayyim suit son shaykh dans la plupart de ses avis, tant dans la croyance que le fiqh, mais le jeune apprenti se passionne tout particulièrement par l’aspect spirituel et pénétrant de l’islam.

À ses heures perdues, il lit les grandes oeuvres des soufis d’antan et s’adonne au dhikr du soir au matin. L’âme, l’esprit, le cœur, les états spirituels, les émotions humaines… Ibn al-Qayyim appréhende le Qurʾān et la Sunna du Prophète ﷺ sous ses angles les plus sagaces. Devenu un adulte et un homme de savoir apprécié dans les milieux étudiants, Ibn al-Qayyim suit en parallèle Ibn Taymiyya comme une ombre, tant dans les moments de joie que les épreuves.

Alors que son shaykh est inquiété pour ses avis rendus sur la visite des tombes ou sur la répudiation pour les mariés, Ibn al-Qayyim est contraint de le suivre en prison à partir du mois de shaʿbān 726H (1326G) après un simulacre de procès. Emprisonné à Damas, dans la citadelle (al-Qalʿa), les deux hommes peuvent se voir et Ibn al-Qayyim devient alors son élève exclusif.

« Dans la prison, j’ai goûté à des douceurs que je n’ai jamais connues ailleurs… Si les rois avaient connaissance de ce que nous avons vécu, ils combattraient pour nous l’arracher. » dira-t-il plus tard de ce moment passé avec son shaykh.

Deux après son incarcération, et après avoir été dépossédé de sa plume et de ses livres, et après avoir interdit de recevoir des visites, Ibn Taymiyya mourrait. Pour Ibn al-Qayyim, qui a passé 16 années à ses côtés, le moment est difficile, mais la prière et le dhikr aident. Puis il est finalement libéré en 729H (1329G), quelques mois après le décès de son shaykh. Tel un phoenix revenu de ses cendres, Ibn al-Qayyim rédige à partir de là ses œuvres les plus célèbres.

Avec son Zād al-Maʿād, Ibn al-Qayyim retracera sous un angle inédit la voie prophétique. Dans son al-Fawāʾid, l’érudit de Damas exprimera le meilleur de sa pensée doctrinale et spirituelle. Avec son Rawḍat al-Muḥibbīn, Ibn al-Qayyim explorera l’amour sincère d’ALlāh ; dans son Uddat al-Ṣābirīn, il magnifiera encore la patience face à l’épreuve. Le Miftāḥ Dār al-Saʿādah s’imposera également comme l’un des meilleurs exposé sur la grandeur du savoir et de la foi.

Il écrira encore le Madārij al-Sālikīn dans la dernière décennie de sa vie. Commentaire détaillé du Manāzil al-Sāʾirīn du maître soufi Abū Ismāʿīl al-Harawī – décédé trois siècles plus tôt -, cet ouvrage est depuis devenu chef-d’œuvre de la spiritualité sunnite, et une oeuvre majeure du taṣawwuf primitif. Loin des polémiques, Ibn al-Qayyim ne s’entretiendra pratiquement qu’avec ses livres et étudiants, pour qui il enseigne dans la madrasa al-Jawziyya fondée par son père.

De nombreux savants d’époque mettent en garde contre la pensée de son maître, mais l’élève d’Ibn Taymiyya refuse le plus souvent de rentrer dans l’arène des débats. ll prie, écrit, publie, avant d’enfin mourir, en rajab 751H (1350G), à Damas. Tous rapportent qu’il est décédé apaisé, entouré de ses proches et élèves.

« Il était pieux, sincère, doté d’un savoir immense, d’un cœur vivant, et d’un langage doux et agréable. Ses livres témoignent de sa piété et de sa science. », dira son contemporain et ami Ibn Kathīr (al-Bidāya wa an-Nihāya, vol. 14)

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